Parce qu'il était tard et qu'il faisait nuit, j'ai pensé que ça ne se verrait pas si je pleurais. Pour une fois j'ai foutu mon orgueil dans ma poche, et une goutte d'eau salée est venue mourir au coin de ma lèvre, pendant qu'une autre dégoulinait sur mon menton.
Ironie du sort, la Gare n'étant pas l'endroit le moins peuplé, un homme noir qui passait à côté de moi me demanda si ça allait. N'étant pas sûre que c'était à moi qu'il s'adressait, j'enleva mes écouteurs, me retourna vers lui et il réitéra sa question : « ça va ? »
Je hocha la tête, lui sourit et me retourna. Oui, ça va. Je viens juste de tout foutre en l'air, mais je m'en remettrais. Je m'éloigna un peu des lumières. Attendant le bus. Dans cette putain de ville dominée par les gens pressés, égoïstes et imbus de leur petite personne.
Un homme d'une vingtaine d'année s'approcha de moi, et me demanda si je n'avais pas un peu d'argent. « Une petite pièce de 50 centimes, ou de un franc. Ce que vous pouvez. »
Casquette rouge en arrière, baggy. Le type même des mauvais garçons que j'attire. Je fouille dans mon sac, attrape mon porte-monnaie, et lui donne une pièce de cinq francs.
« Waouw ! Merci beaucoup, c'est hyper cool ! Jolie et généreuse ! »
« Non. Généreuse, seulement. ».
C'était la première fois qu'il faisait la manche. Il avait réussi en une heure et demie, à ne récolter qu' un franc vingt. Oui, décidément, beaucoup trop de gens pressés, égoïstes, et imbus d'eux-mêmes. J'ai parlé avec lui un petit moment. Juste assez pour ne connaître de sa vie que ce qu'il voulait bien me montrer. Juste assez pour croire que les gens ne sont pas tous foncièrement mauvais. Oui, juste assez.
Il partit en me réitérant un « Merci beaucoup », puis en me donnant une petite tape amicale sur l'épaule.
Et c'est ce soir là que le bateau d'une vie, sombra.
Minuit et des poussières, je retrouve le capharnaüm qui me sert accessoirement de chambre.
Un ventre vidé en une journée. Une vie enlevée en une journée. Un test fait, et l'angoisse des résultats. Beaucoup trop de conneries en ce moment. Une promesse envolée. Une vérité cachée. Et c'est la chute.
Je repasse le pas de la porte, dans l'autre sens. Une nuit qui se voudra agitée. Les événements de la journée que je n'arrive toujours pas à digérer. Et puis Elle qui « m'abandonne » maintenant. Au mauvais moment. Réflexion faite, je ne pense pas qu'il y'ait un seul bon moment pour ça. La goutte d'eau qui fait déborder le vase. Et le vase qui se brise. Par terre. Faisant le même bruit qu'un cœur perforé.
« Les petits là, t'en prends pas plus que deux par jours. Compris ? Sarah tu m'entends ? Déconne pas ! »
Je ne déconne pas. Je déraille. Nuance.
« Ouais c'est bon, j'ai compris ! »
Y'a quelques mois, n'arrivant plus à enchaîner les rythmes fous entre les examens de fin d'année, le théâtre, un travail de littérature qui doit être complètement repris à zéro ; c'était les amphétamines et les boissons vitaminées qui avaient eu ma peau. On travaille nuit et jour. On ne dort plus, on ne mange plus.
Une sorte de dégringolade qu'on ne voit que lorsque l'on est tout en bas. Une chance pour moi, j'ai pas eu à tomber pour m'en sortir.
Cette fois, ce sera quelque chose de plus fort. Quelque chose d'égal à ma douleur.
N'ai-je jamais dis qu'elle est mon héroïne. En tous les thermes que cela comporte ?
Vite, trouver un moyen de substitution à l'héroïne.
Une heure plus tard, 90 balles en moins, des cachets en plus. Qui perd le plus au change ? - Mon orgueil, encore.
Qui aurait cru qu'une simple contrefaçon du célèbre cachet d'aspirine, puisse faire oublier tous les malheurs de la terre ?
Pas moi. Oh non, pas moi.
Le mal est fait, je me sens déjà mieux. Je ne pense plus à rien, et je me sens bien. Légère. Aussi légère qu'une plume qui s'envolerait si haut qu'elle pourrait toucher le soleil...
Le Soleil. Vite, un autre. Bienvenue dans l'enfer Blanc.
Mardi. Jour officiellement noir. Toujours pas ces foutus résultats. Elle qui me manque à m'en couper le souffle. Mon ordinateur qui plante et qui réduit, par sa seule force, mon travail de littérature à néant. Encore. MERDE. L'envie de tout envoyer valser.
Mon capital haine atteindra cependant son comble, lorsque mes parents me demanderont où est passé l'argent qu'ils avaient gentiment mis à ma disposition, pour manger à midi. La réponse passera très mal. « Quoi ? T'as filé 35.- à un SDF ? Putain on n'est pas l'Abbé Pierre ! »
Ouais, ça je le savais ! Apparemment, eux, ça ne les dérangent pas trop de bouffer et de dormir dans un lit pendant que d'autre crève dehors. Moi, ça me dérange.
Mise au point immédiate, dans ma chambre. J'suis entrain de jouer gros, et je le sais.
J'l'ai laissé partir seul aux USA pour pouvoir la voir, Elle. Sauf que, malgré tout l'amour que je lui porte, je lui en veux un peu, à Elle. Et j'ai peur que le temps ne fasse qu'aggraver les choses. J'ai peur que plus tard, ce soit trop tard.
Ma mère revient au pas de course. « Quand tu gagneras ton propre argent, t'en feras ce que t'en veux, mais tu ne joues pas avec le mien ! Y'a des gens qui bossent pour tes conneries. Toi t'es même pas foutue de faire un stage. »
Pardon, mais j'ai quand même tenu quatre heures dans ce foutu monde professionnel, et c'est assez, crois moi. J'ai une très grande capacité qui est de juger très vite les choses, les gens. Je sais directement si le feeling passera. Et là ça n'aurait pas marché. Donc autant m'économiser du temps. Et éviter de leur faire perdre le leur. Quatre heure à faire tapisserie, c'est suffisant.
Alors ouais, Tant pis.
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